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  • Oô chanteur Slaoui

     

    Le lendemain Badiعa comme à son habitude quand elle se retrouve exclusivement avec sa mère, va faire écouter à celle-ci de vieilles chansons. Et Mama de poursuivre son récit Azrioui, par référence à la ville d’Azrou : Tu sais ya bniyeti, mes propres sœurs cadettes scolarisées venaient chez-moi pendant les vacances. C’étaient des jeunes filles à peine sorties de l’adolescence, presque émancipées, toutefois restées méticuleuses à l’image de leur mère tatillonne sur leur éducation qui s’annonçait à l’époque plutôt adéquate à leur évolution en haute ville. Elles étaient à peu prés européanisées car elles s’appliquaient ces jeunes filles des années cinquante à porter des jupes, des justaucorps et des talons. Elles avaient la tête envahie par les chansons mélodieuseset cocasses imbibées de malice et d’espièglerie du mythique Hحoussine Slaoui dont Mama aime écouter les chansons. Mes quatre sœurs, poursuit Mama, venaient souvent chez-moi dans mon palais d’Aladin. Ton père le définissait ainsi. J’écoutais ya bniyeti tes tantes chanter Houssine Slaoui avec un plaisir immense, évoque Mama. Lorsque je me trouvais avec mes sœurs qui venaient de Fès passer leurs vacances chez-moi, ce chanteur était souvent chanté avec des voix roucoulantes et des rires à chaque phrase musicale. Oui Mama, approuve Badiعa, moi aussi j’aime ce chanteur artiste et charmeur émeutier parfait en son genre. Il a par ses chansons nombreuses profondément ancrées dans la tradition marocaine, témoigné de toute une époque précise. Dommage, il est tragiquement mort à peine la trentaine. Yyahe ya bniyeti (oui ma fille), bحale B’bba llahe yerحame’houm bzouj, (comme mon père que Dieu les tienne en sa miséricorde tous les deux), admet Mama. Ses chansons, commente Badiعa, reflètent avec humour et nostalgie un nouvel art musical révolutionnaire à l’époque, introduisant des instruments modernes, tu sais, tels la clarinette, le piano et l’accordéon. Ceci bien avant le grand chanteur égyptien Mohammed عAbdlouhab, disait aussi ton père, ajoute Mama..Oui !.. On peut le comparer à Sayide Darwich dans la thématique de ses chansons puisées directement sur les places publiques, dans la vie courante au cours de l’occupation française. Il met en garde les citadins contre les fourberies des paysans avec cette chanson de.. حdé rassek laye fouzou fik lkقawmane ya f’làne .., (méfie-toi ô citadin que les paysans roulent.., autrement dit, méfie-toi commun des mortels, tu seras roulé ; sinon la phrase traduite littéralement donnerait, surveille ta tête, profiteront de toi les peuplades ô quelqu’un), chante Mama avec sa voix d’antan, de source fraiche et cristalline : l’aعerرoubiya mtouwrرine, jabou djaje kameline (les paysans sont rusés, ils ont ramené leur volaille entière). Mama ajoute avec une note de regret et de mépris : les ruraux n’étaient pas aussi fourbes à l’époque ya bniyeti !? Mama !!!, s’exclame Badiعa, il ne faut pas confondre les champêtres de souche douteuse avec tes berbères ! Lحoussine Slaoui était un vrai chroniqueur de son époque, un conteur de hحalقa Halqa (place publique), traduisant ses fabliaux sous forme de chansons uniques, si attachantes, un vrai mémorandum ce chanteur-conteur et saltimbanque.., continue à exposer Badiعa.. Il a chanté à peu prés tous les genres régionaux de musique : « A Yamna » au rythme du Nord du pays, « À Tanja ya l’عaliya » ô Tanger la Haute. Il avait des chansons pour tous les goûts, pour ceux des citadins comme pour ceux des paysans. Ah ces mélodies de la belle époque, de «  Maحhla n’zahههa mعa nasse lقkdam »yalala lalane ! (Combien sont sucrés (suaves) les piqueniques avec les anciennes gens), chantonne Mama bercée par un enivrement instantané répétant la phrase musicale avec cet esprit rythmé par lala lalane de ces notes célèbres de la musique andalouse : Ah qu’il fait bon piqueniquer avec les anciens ! ou cette chanson de « S’siiniiyàa w’ l’birرe, w l’ma jàarرi lalla lalla » (plateau et puits et l’eau courante madame madame) ! c’est à dire plateaux de thé enivrant au bord du puits.. Iyààààhe ya bniyeti, تa حaja mabkقaتe fsmaقe’ha w تawile’ha, (aucune chose n’est demeurée dans son organisation et dans son raffinement), c’est à dire rien n’est resté authentique. Les autres générations avaient l’habitude de sortir au printemps en famille, munies de victuailles. Quand je me rappelle toutes ces spécialités culinaires de femmes pressées de se réunir avec leur mari et enfants, en pleine nature dans les prairies verdoyantes colorées de coquelicots et de pâquerettes, souvent proches de sources d’eau, oueds, rivières, puits, cite Mama, je ressens de vives nostalgies. Fès el Bali regorgeait de sources à l’époque. Dans notre demeure familiale, ajoute Mama, nous avions une عayene d’elma ka تmeh’meر, seقaya kaتjeرi تessقilek lemdina kamla ! (un œil-d’eau giclant, une fontaine courante qui t’irriguerait toute l’ancienne ville).