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  • Séance Henné

    Séance حhenna

    « Et aussitôt après la pause thé, songe Badai, les voilà Lralia et Lwadحa croiser les jambes par terre, ou sur l’hههédourرa, (la fourrure œuvrée du mouton) et ouvrir leur queue-de-cheval si grosse, si soigneusement et artistiquement tressée ! Swalef kanou عaned’هhom, (les belles tresses qu’elles avaient), continue Mama à dévoiler avec admiration et dévotion. Puis les voilà déballer une chevelure si abondante, sentant l’hحenna we عoud’nouar (le henné et les clous de girofle). Les voix et les sens de Mama et Badiعa se mêlent. « Mes narines s’enivraient, retrousse Mama ses narines comme chatouillées vivement par le baume enchanteur. « Les voilà prendre de l’huile tirée de grains de sésame mélangée au riحhane (myrte) et aux boutons de rose. Les voilà commencer lentement à enduire leurs mèches acajou et parler, raconter, rire. Nos verres de thé bouilli avec chriحa خàmrرa, (une figue sèche mise à fermentation), ne dévidaient pas, ajoute Mama avec un air de malice. Leur chevelure entièrement trempée d’huile ondoyante me subjuguait.

    Lwad’hحa commençait à préparer la mixture d’l’حenna (henné), poudre obtenue sur le champ à partir des feuilles de henné séchées, écrasées dans le mortier. Poudre qu’on veille à tamiser au fond d’un morceau de tissu blanc à fils tissés très fins appelé حAyati(ma vie) qui raffine le produit, lui donne son aspect soyeux et satiné quand il sera mélangé à une infusion de plantes aromatiques à base de clous de girofle et babounj (camomille). La mixture prête, les deux sœurs appelaient leurs fillettes et tout ensemble assises parterre jambes croisées, fusionnées en cercle, au milieu de la chambre comblée de senteurs fraiches ; leurs bras entrelacés, leurs doigts fuseaux déployés, elles se malaxaient la tête avec cette bouillie visqueuse bien odoriférante. Un baume exhalant toute leur personne, leurs habits, leurs paroles et leur haleine. Leur atmosphère en était fleurée et chatoyante, enivrante. Les rayons de soleil traversaient frauduleusement les petites fenêtres tamisées avec des semblants de rideaux de fortune, juste des carrés de tissus de toile rude qui vous balayaient la clarté d’une douce journée d’automne, où les rayons d’un soleil lacérant à la fin du printemps. Des sensations chaudes et suaves se dégageaient de leurs attouchements partagés. De leurs doigts glutineux dégoulinait cette matière verdâtre, combien vénérée. En hiver et en été, c’étaient elles qui s’amenaient souvent chez-moi. C’était mieux, précise Mama sans donner d’explication.

    Pour ces femmes, l’حenna est plus qu’une matière d’entretien de leur chevelure, c’est une matière de culte, de rituels en famille, au hحammam (bain maure), au cours de la fête du baptême, pendant les mariages quand les nouvelles mariées et les jeunes filles veillent scrupuleusement à orner de couleur rouge brique leurs mains et leurs pieds. C’est une mixture présente aussi à la célébration des circoncis, ou en cours de l’égorgement du mouton de l’عide (la fête).

    « L’hحenna, ya bniyeti (le henné, ma fille) te couvre de tendresse divine et lénifie toutes les mauvaises tendances, certes en nous les femmes, elle les freine ! Tiens !?se dit Badiعa sachant que sa mère a toujours été récalcitrante au henné. Elle doit quelquefois penser que le henné adoucit le tempérament houleux de toutes ces femmes qui rentrent dans des crises d’hystérie surprenantes, ne sachant comment gérer leur dépression ni leur rage. Et Dieu seul sait combien de fois Mama est rentrée dans des rages noires.

     

    1.   « Ces femmes fournissaient un beau spectacle à mes yeux de     jeune citadine, vite sortie d’un milieu si différent, reprend  Mama. Toutes mes visites étaient marquées par ce couscous exotique et ces séances حenna. Je m’habituais à sentir ces femmes mélangées à cette pâte visqueuse, placée généreusement entre les sillons et tout au long des méandres de leur massive chevelure verdoyée au début du massage mèche par mèche de crins si longs, puis empourprée à fur et à mesure que l‘opération avançait. Ensuite, mamans et fillettes, enroulaient leurs tresses autour de leurs tempes au dessus de leur front, à la hauteur de leurs sourcils aussi enduis par la matière verdâtre qui, soulignant les joues et traçant l’arrondi de leur visage presque tatoué du haut front au bas du menton, suintait des tempes. Une fois amassée, leur coiffe formait pour moi un couvre-chef étonnant, un poids franchement lourd à envelopper dans plusieurs foulards, puis à supporter. Deux ou trois jours après, je les surprenais entrain de déballer encore leur chevelure non lavée et s’offrir une autre séance d’embourbement  avec le même rituel, mettant à l’œuvre leurs doigts, leurs deux mains et leurs bras levés en vue d’enrouler leurs foulards multiples, de plusieurs dimensions et couleurs autour de leur crâne chargé de leurs tresses enserrées . Ainsi la coiffe agencée avec style et beauté, au cours de chaque séance, prenait plus de forme, de couleur et de parfum. Elles gardaient ainsi sur leur chef cette mixture à peu prés toute la semaine et se comportaient comme si elles n’avaient rien sur la tête. Leur chevelure ainsi assaisonnée, empesée, ne pesait pas lourd pour elles. C’est ça qui m’étonnait. De temps en temps, l’حhenna déshydratée sur leur tête, elles re-déballaient leur chevelure, se peignaient lentement avec le peigne de corne, l’enduisaient d’huile et l’emballaient tel un serpent enroulé, dans leur sebniyate bdladèle w l’ouize. Ce sont des foulards aux bordures en macramé agrémentées en francs d’argent ou de cuivre, avec lesquels elles dissimulaient leur chevelure enduise mijotant jusqu’au jour du grand bain. Elles avaient de ces crinières à faire mourir d’envie les citadines
  • Le diminutif

    Fes le 02/11/20.. à 18 :44 Des nouvelles de ces recettes Azriwi de Mama

    Mama et Badiعa regardent la télévision. Chmissa (qui veut dire « Soleil ») présente son émission culinaire. Celle-ci, comme à son habitude, minimise la conception de la recette du jour, si compliquée selon certains, en "petites choses", on croirait insignifiantes : radi n’dirرou "*chi حwiyejaت" d’yalena ! avance-t-elle nonchalamment. (On fera des p’tites choses à nous) حwiyejaتest diminutif de حajaت.... Chez-nous, au fait, plusieurs termes tendent vers le diminutif, remarque Badiعa, mais ils n’ont pas le sens péjoratif comme chez les français. Vous n’avez qu’à faire plus attention autour de vous : mra est souvent appelée mriwa à titre d’exemple ! Mra, c’est une femme au sens complet du mot. Mriwa change de sens suivant les situations ; c’est toute une notion de la femme au sein de la famille ou de la société qui rentre dans le jeu connotatif pour désigner une femme. Le mot mriwa, p’tite femme, est souvent accompagné d’adjectifs qualificatifs comme zouina jolie ou driyefa gentille ouu mriiiwa hadi عafrرiiiتa (petite femme est celle-ci, une vraie démone), au sens de capable ; c’est le sens petit mélioratif de « petite femme » qui peut signifier entre autres la douceur, la gentillesse, ou beaucoup plus que ne peut faire une femme ordinaire selon la conception commune de toute une société. J’ai l’impression que la mesure de reconnaissance des capacités d’une femme dans notre milieu social est forcément minimisée à travers les usages de langage, aussi bien chez l’homme que chez la femme. En d’autres lieux mriwa prend le sens de femmelette, attribué à un homme ou efféminé ou reconnu pour être faiblard et lâche.

    Les exemples chez-nous des diminutifs adoptés tels des tics de langage courant sont multiples ; ainsi makla devient mwikla. Makla repas au sens plein, mwikla en tant que p’tit repas au sens souvent raffiné, affectif, celui qui répond aux goûts habituels au palais qui les apprécie depuis l’enfance. J’ajouterai un autre exemple, celui de tajine qui se réduit en twijène. Tajine en tant que plat vulgaire, je dirais par rapport au twijène, plat raffiné ; cela dépend de la personne qui l’évoque ou le désire, elle dira je veux twijène d’llefت, viande aux navets, c’est plutôt affectif, ou je veux tajine d’elberقouق, viande aux prunes, celui-ci est un plat classique de fête.  Pour place/ blaça, on dit souvent bliyeça c'est-à-dire placette qui vient de place et qui connote souvent la grandeur, on dit bliiiyeça hadi en appuyant sur le i dans le sens de l’admiration et l‘envie. Vous pouvez deviner autant de substantifs réduits et leur trouver les significations que vous voulez, la liste est longue et les interprétations sont variées. Comme si on voulait par cet emploi dans certains cas de diminutifs, éviter la matraque du mot pris dans sa globalité, dans son sens plein. Alors on pratique l’euphémisme pour adoucir tout effet susceptible de soulever chez son interlocuteur ou son public une réaction indésirable. C’est le cas de Chmissa. Celle-ci a simplement l’intention d’atténuer la facture des ingrédients. Comme si tous les marocains qui la regardent assidument chaque jour à la même heure, pouvaient se procurer tout ce qu’elle cite et utilise pour ses recettes. 

  • La nuit colle à la peau

    Poème : "Anges sur la ZUP" de Marc Alyn 
    La nuit colle à la peau, mais la haine tient chaud
    en ses mailles tenaces
    Dans la Zup interdite où la Parque ne plonge
    Que pour de vastes coups de filet au profit des
    trafiquants d’organes.
    Le lieu grouille de dieux-requins et d’anges nécrophages.
    De tous les coins du ciel chutent des funambules,
    Des bouchers en lévitation que la Grâce, hélas,
    abandonne en plein vol
    Et qui roulent au vide, écornés de blasphèmes
    Jusqu’au dernier sous-sol où le rat se sent seul.
    Les mendiants menaçants ont des mains bleues de rides
    Où s’inscrivent des destins d’emprunt à taux zéro.
    L’enfant repasse ses leçons, la mère le linge de famille
    et le père ses couteaux.
    Mais qui se soucie de recueillir la confession publique
    des oiseaux ?
    Le petit jour livre le lait en étouffant ses pas
    dans le brouillard, dehors
    Car il faut éviter de réveiller les morts.