11/01/2013

Les ombres du soir

Il est 18h 15mn, la jeune femme qui vient de sortir du lycée est pressée de retrouver sa voiture garée dans le voisinage à quelques centaines de mètres du lieu où elle travaille. Elle pense à sa fillette de cinq ans qu’elle doit récupérer dans son école à l’autre bout de la ville. Elle a l’air d’être un peu pressée et perdue… Une senteur marine subtile caresse son visage. Soudain légère et avec une certaine désinvolture, brisant le vent nautique l’envahissant d’un seul coup emportant quelques mèches de ses cheveux mini vague, elle se laisse  griser une petite minute par sa fraicheur bénéfique enveloppant ses tempes et ses narines presque obstruées par l’atmosphère de la salle qu’elle vient de quitter. Elle est aussi bien enchantée qu’affolée par le calme de la tombée précipitée des voiles grisâtres de ce soir d’automne ! Tout de même, un peu sourde, les yeux ensablés, elle va aussitôt se débarrasser de sa mine cramoisie, se décongestionner les poumons, reprendre le peu de souffle égaré dans ses bronches et avancer …Elle songe à tout le temps qu’elle va prendre avant de rentrer à la maison ; elle accélère le pas. Dans sa tète, résonne encore la phrase polie chargée d’impatience du chaouch : iwa serbi à oust ada ! Tmessa blخeire à l’ عArbi, a-t-elle répondu avec une petite voix emmitouflée au creux de son cache col …

 

 Les prémisses d’une nuit d’hiver précoce cette année annoncent une soirée longue et froide, à la fin novembre, les arbres qui longent le mur de l’établissement  scolaire ont perdu presque toutes leurs feuilles ; les branches minces et décharnées jouent pourtant avec l’air sifflant bien fort faisant éparpiller le reste du feuillage des platanes à peine dégarnis sur le sol humide. L’air soufflé, mitigé à l’ombre des faibles lumières des fanaux allumés juste à son passage dans la rue déserte, provoque maintenant des frissons en elle. Assaillie par ce nouveau climat pressé, inattendu pour la saison, elle plie sous le fardeau qui la fait tituber sur ses demi-talons, creuse le sable mouillé du trottoir semé d’ornières et de cailloux qui entravent sa marche, risque de tomber si elle ne fait pas attention…En avançant, quand même, elle relève la tète, ajuste sa colonne vertébrale,  redresse tout son corps muni d’une petite santé affaibli depuis quelques années et force ses pas à une cadence plus rapide…

… Non ! Elle ne fléchira pas ;même si son cœur bat très fort encore sous la pression de ses oreilles battues méchamment par les derniers instants de tapage excessif qu’elle vient de vivre en classe .Elle pense machinalement à toutes ces femmes mariées ou non ,divorcées ou veuves , mères et maitresses de foyer, dépendant d’une sous fonction publique , résolues et asservies, accomplissant leurs taches quotidiennes avec toute la rigueur de leurs convictions et conscience mises à l’épreuve …Sont elles assez moribondes pour ne pas crier  de si haut , là où elles se trouvent, haro et puis haro sur toutes la médiocrité qui les colle ? Sont elles conscientes de tout l’abrutissement injuste et intolérable auquel elles sont exposées ?En tout cas,  pour elle , ceci ressentie dans l’aberration d’une lucidité anormale pour certains ,réfléchie constamment aux confins de son cerveau à elle peu être différent ou mal fichu comme dit l’autre, sa rage refoulée remise en question, elle traine les pas…En tout cas , si cela continue ainsi, elle finira al *Razzie ! *Ce seul hôpital psychiatrique disponible dans son pays.  

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