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  • La ciseleuse du quartier عAdwa ou les journées ح°nna

    Badiعa se souvient.. ça date depuis le temps de ta tendre enfance Badi, mais pour plus d’informations, laisse Mama poursuivre son récit.

    C’était un évènement pour lequel Yemma appelait l’حannaya du quartier عAdwa, raconte Mama, c’est la femme spécialisée dans l’embellissement des mains et des pieds de mariées avec des dessins en arabesques ou fleuris tatoués au henné naturel ou noir, appelé حarقous (harqous)..la nakacha (tatoueuse) dl’عadwa, était une pro reconnue pour ses prouesses à réussir aussi les plus beaux tatouages, si fins, ressemblant à de la broderie fassie aux points croisés.. les passionnées du baume magique, faisaient toujours appel à cette femme qui n’était pas d’origine fassie mais, خlouق we تr'رabi de Fès, (née et éduquée dans cette ville), précise Mama. Plus tard, du temps de Bada, elle se souvient que sa Mama n’a jamais voulu mettre l’ح°nna sur ses mains et ses pieds. Mais comment je vais fonctionner, protestait-elle, je ne peux pas rester telle une handicapée pour plus d’une semaine, j’ai des enfants en bas âge, moi?! Wili ya خkhti, (quand même ma sœur), contestait l’une de ses sœurs, tu vas te reposer, le ménage et les enfants peuvent attendre, en plus il y a les Bonnes qui t’aident! *Yechwinifi’hom (que je sois grillée en elles), répliquait Mama, ce sont toutes des incapables!

    (*L’expression de «se faire griller à cause de quelqu’un», a des significations précises, dans un contexte qui amène une personne à utiliser un tel cliché courant de langage, chez-nous. La signification peut prendre deux sens, cela dépend de la situation: yechwini fik (que je sois grillée en toi), ça veut dire: que tu sois mort et que je m’afflige jusqu’à griller d’affliction à cause de ta mort! Toutefois dans ce cas de la boniche, l’expression est une injure, comme si on disait: va au diable! Parfois cette expression est utilisée par plaisanterie entre amis et intimes; elle signifierait tout le chagrin qui serait causée à cause de la mort de celui ou celle auxquels on destine le vœu de la mort.)

    L’histoire de Mama enduite de henné, remonte aux deux ou trois fois qu’on l’a supplié d’en mettre sur les mains et les pieds. Nonnn!, criait-elle, avec des airs de dégoût, je n’aime pas ce glue sur mes mains ni sur mes pieds ! Et puis, je ne sais par quel miracle, voilà Mama livrée aux mains expertes de la tatoueuse. Mama contestait cette pratique, plutôt courante dans son milieu, en faisant la concession de ces fois rares : Oui, concéda-t- elle, mais je ne veux pas que le henné brunisse sur mes mains, devienne noire comme sur les mains d’l’عarbiya'ت (des paysannes)! Après, elle se refusait catégoriquement d’en mettre à la demande de ses sœurs ou belles sœurs toutes ferventes de ''Journées Henné''. Mama préférait le tatouage orange-âtre sur ses mains coloriées, sinon elle aurait trouvé ces mains tatouées comme barbouillées de crasse si la couleur avait viré vers le noir. Toutefois, la teinte orange-henné, confirme-t-elle, la scrutant sur les mains de sa belle sœur, était acceptable et elle disparaitrait au bout de deux semaines au plus: l’ma w° saboune (eau et savon) lavent tout, répétait-elle. Au fait, si Mama avait su toutes les vertus accordées à cette (18)plante, elle l’aurait tolérée.

    Yemma avait raison de tenir à ces journées henné !, va reconnaître Mama, ravisée sur les effets de cette mixture destinée au départ pour elle surtout aux cheveux; elle doit être présentement, frappée par un éclair, elle admet, de vive assimilation, les vertus de la plante enchanteresse et donne un sens à ces envies pressantes de femmes, pense-t-elle avisées ; elles doivent craindre leur nature houleuse si leur désir de s’embourber de (18)henné ne se réalise pas! Yemma, avoue-t-elle, après ces séances Henné était plus apaisée, comme si ses démons la quittaient soudainement, offrant leur place aux bons génies des environs, ceux qui sont calmes et sages dans leur sérénité et savent tenir les brides de certaines..  Yemma libérée pour quelques jours de l’affreuse routine du ménage, portait ses plus belles tenues au cours de cette journée.. elle était bien maquillée, rayonnante de beauté et de charme.. elle dispensait à ses enfants ébahis son klameحlou, (ses paroles sucrées) et non ses râles habituels, عàa'قla عli'ha (j’en ai bien souvenir).. car ya bniy°ti, affirme-t-elle après une courte réflexion, avec une voix grave, jnoun, fihom lmouminine w° l' k°ffar, (parmi les démons, il y a les croyants et les impies), adresse-t-elle à Badiعa. Elle confirme l’existence des démons qui cohabitent parait-il avec nous, maline l'mkane (les djinns propriétaires des lieux), il y’ a ceux de foi, ils ne nous nuisent pas comme les fils de Satan, ennemis de l’humanité, enseigne-telle à sa fille.