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  • A la quête d'une Bonne

     

                                                         Les hantises de Mama

     

    Badiعa soupçonne les craintes de la vieille femme rongée, éperdument embarrassée par toutes ces natures humaines inconnues qu’elle doit encore accepter malgré elle..

    Comment les affronter? Mabقali jeé'ههd,عyiii'ت w' هت °ddiii'ت!, souffle la vieille femme assermentée auprès de son foyer-refuge de sa vie depuis ixe temps

    (je n’ai plus aucune énergie pour supporter), chacune sa forme et sa couleur!, gémit Mama.. Car dans son for intérieur elle se prépare difficilement aux bravades virtuelles d’une Nouvelle..

    Si Badiعa pouvait effacer la mare de ق°ttrراane(bitume) où baigne le cœur bondissant d’une Mama épluchée de toutes ses verdures!..La jeune femme oscille maintenant entre le désir élan de prendre sa mère dans ses bras, la rassurer, apaiser ses frayeurs, minimiser ses appréhensions noires, si noires et noircies et le faux désir de minimiser ses angoisses peut être injustifiables et gratuites car on ne sait jamais!, Dieu lui enverrait une moumna (une bonne femme pieuse) …

     

    Ces jours-ci à la Tv, on ne parle que de crimes!, expire Mama avec son souffle de voix entrecoupée, paniquée.., on m’a dit qu’à Fès, les allants et venants rencontrent souvent en plein jour des hommes brandissant des épées!, il parait que des femmes aussi, de toute élégance, pénètrent dans les maisons!,sans prévenir, tirent leurs couteaux et obligent les résidentes à leur dévoiler leurs richesses, sinon...zigouillées!...

    Ayayaye!, yaرR°bbi حaddér °ssalama!(Dieu nous implorons votre protection), Badiعa tremble, elle conseille:

    ...seule, Mama, enferme-toi jour et nuit à double clé!

    ...Iwa mane’choufchi ddo d’sidi R°bbi تحa f’jrida?!, réplique-t-elle. (Pardi je ne verrais pas la lumière de Dieu, même au jardinet?), se plaint la mère en soumettant sa raison qui refuse une telle solution: c’est çà!, je me priverais du soleil de Dieu et je dirais adieu jardinet…

     

    Mama glisse, balance, chasse ses boules au bord de l’infini.. Comment s’en sortir sans casse avec la nature suspecte de ces filles ou femmes?, doit-elle cogiter...; ces «pauvrettes», (pense Badia), normalement classifiées dans les basses catégories sociales, venant de toutes les régions du pays, abâtardies dans le tas des circonstances qui les mènent à vouloir gagner leur pain au départ, aider leurs parents pauvres à sortir de leur misère, de leur ignorance, les inciter à quitter la campagne proscrite pour plusieurs raisons, espérant trouver dans la ville aide, argent, confort, dignité; croyant y mener une existence meilleure, facile, prospère, et après, sombrer dans les pires désillusions à faire durcir les plus fragiles d'entre elles, à les pousser à devenir fourbes et agressives…les risques sont multiples...pour les uns et les autres..

    L’apprentissage d’une nouvelle vie doit être brutale pour ces paysannes assoiffées de civilisation à l’urbaine… De plus à force de changer de résidences, car elles ne demeurent pas longtemps chez la même famille les Bonnes d'aujourd'hui!; elles sont adeptes du changement de domicile et d'employeurs, le mode de vie et de services à octroyer suivant les exigences de ceux-ci doit différer d'une maison à l'autre!; ces pauvrettes doivent perdre la boussole!.. ces jeunes filles jamais formées pour accomplir les besognes ménagères suivant les normes urbaines, ont-elles la capacité d’assimiler leurs fonctions?, cela demande beaucoup de temps et de patience, de la volonté surtout et un savoir faire…Je tire chapeau à Mama, depuis le temps des p'tites bonniches qu'amenait mon père.., ce qu'elle a dispensé comme temps et patience pour les élever et leur apprendre le ménage!

    C’est évident!, constate Badiعa, elles doivent à mon avis non seulement perdre la boussole mais aussi par esprit de revanche, se constituer une carapace en vue de se défendre contre les avanies qu’elles peuvent rencontrer.. c’est un métier aventureux!…un vrai bourbier!..

     

    C’est une nécessité accablante», dit Mama à sa sœur Meرyeim, cet après-midi en visite courtoise, raconte Badia, visite faite d'abord en vue de s’enquérir de la santé aussi défaillante de ma خAlti adorée, ma seconde maman(son fils aîné et moi avons tété à son sein, m'apprend-t-elle), ensuite lui demander subtilement de faire appel à la courtière, encore une autre fois, afin de spécifier le type de domestique que Mama convoite.

    Telle femme, courtière par vocation, spécialisée dans le commerce des Bonnes, va au fin fond des enclos à la quête d’adolescentes susceptibles de rentrer dans l’univers de l’emploi domestique en ville.. La collecte des jeunes filles, en âge de travailler en tant que domestiques, est du ressort de cette bonne femme-courtière, en général d'origine paysanne. Paysanne urbanisée dans l'univers des bidonvilles poussant à profusion dans les périphéries des grandes villes.. sa collecte se fait au sein de nos montagnes nombreuses et diversifiées de par leur nature d’habitat et d’habitants, en toute région rurale, du nord-est-ouest, au sud du pays, ceci fait pour en «enlever» quelques unes à leur fief, avec l’accord de leurs parents grugés, (se plaignent ceux-ci), par les conditions rudes de soi-disant leur vie à la campagne menée abruptement, dénoncent-ils..; ces parents sont aussi excédés par le nombre des enfants à nourrir, minablement, déclarent-ils..)

    Ces jeunes paysannes croient à l’émancipation à l’urbaine, miroitée par cette femme habituée à user de politesses et de douces paroles persuasives..tous les membres de la famille en profiteraient, assure-t-elle, elle a un sourire étonnant qui appâte cordialement aussi bien les parents que leurs filles. C'est ainsi que les nouvelles apprenties de la vie citadine s’y amènent au maximum, parfois en compagnie de leurs parents soucieux de la sécurité de leur progéniture, convoitant parfois jusqu’à six mois de salaire à payer d'avance en tant que arrhes, en tant que garantie de la part des employeurs.. Entre temps, ces paysans comptent s’installer chez un parent émigré en ville; aussi les demoiselles s’installent-elles pour quelques jours chez la femme-marchande, fort magnanime, qui veille à les ramener chez-elle afin de les initier à leur nouveau statut, faisant option de meilleur guide dans l'univers de la domesticité, au gré de son commerce florissant auprès des nombreuses familles solliciteuses de services domestiques.. Ces familles et connaissances qui possèdent son adresse ou son numéro de téléphone gardés soigneusement en cas de besoin urgent de Bonnes, bonniches ou femmes mûres de ménage...

     

    Iya'هه ya خti l'حbiba عliya, avance Mama soucieuse, حaj°'تtna bi'ههom da'ررoune làabboudda mine'ههou!(notre besoin d’Elles est un Mal incontournable)..

    L'bala lladi la youwaàfé'ق walaà youfaàrè'ق (Le mal qui nous habite et dont nous ne pouvons nous en séparer)!, renchérit tante Meرyeim..

    Ah' ces Grandes maitresses des lieux en besoin absolu d’Elles!, stipule Badiعa..

    Ah ce qu’elles nous trainent dans leur merde vermoulue!, se plaint grossièrement Mama assise aux côtés de complices incontestables..

    Elles viennent , dénonce-t-elle, pour nettoyer leur estomac, déblayer leur chevelure de mouton des poux qui l’habitent, se mouler les fesses dans djinat d'zaz (les beaux djeen), se farder le visage comme des chi'خates(chanteuses vulgaires) et puis couronner leur accoutrement par le voile!ya'عtéhom l'wile(que Dieu les damne), ceci lorsqu’elles s’avisent à faire des courses suspectes en M'dina!(ville ancienne)

    Mama ne se gène nullement dans son accablement, elle n'arrive pas à se maitriser quand il s’agit de solliciter quelque allié à ses causes intimes.. et..cette cause précisément qu’elle sait commune au sein de son entourage est d’un goût particulièrement.. dégoûtant! Badia le juge ainsi en écoutant la grande dame débiter ses rengaines, hautement secondée par l'autre grande dame, écoutant, face admirative, les propos de son ainée..Les politesses du langage disparaissent quand le sujet de discussion à thème coordonné dans l’esprit commun est assorti à la situation, exprimons notre hargne alors le plus vulgairement du monde!, ravale la jeune femme..

    Tante Meرyem, poursuit Badia, au fait, vient d’engager une nouvelle jeune fille qui nous sert un plateau de thé, après un quart d’heure à peine arrivées dans sa maison........ attends!..

     

    (Flash back)...

     

    Nous nous trouvons dans le séjour de l' appartement de tante Mimi; il se trouve au rez-de-chaussée, juste en face de la porte d’entrée de l'immeuble.. Les visiteuses de خalti, à peine entrées, sont directement debout devant la femme assise sur le divan en L au coin, regardant la TV. Tante Mimi sourit largement avec sa face d’ange et se confond en ''mr°حba!, mr°حba!'', des bienvenues combles-aisées qu'elle répète avec une voix chantante en nous voyant..

    Khalti-assise sur son divan d'accueil, les yeux vitrés, le sourire miel dégoulinant de ses lèvres roses, s'exclame courtoisement Zar°تna l’baraka, n’hهar kbii'رr ha'da ya خti! La générosité de l’accueil diffuse de part et d’autre; de tous les angles du salon richement tapissé de bei'h'ja( brocart scintillant); la joie de la rencontre pendant cette visite se fond dans un espace sympathique, hospitalier, tout à l’image de la présidente des lieux, et qui, par sa douceur innée, met à l’aise tout le monde…

    Voilà! quelques instants après, une jeune fille habillée en djeen serré et justaucorps, très mince.. elle ramène de la cuisine un autre plateau garni d’assiettes de s°llou, cornes de gazelle, noisettes grillées, dattes de la Mecque, fromage blanc salé de Wazzane que Mama adore, des petits pains à l’anis.. Tante Mimi suit les gestes de la jeune fille avec entrain.. Iwa ya beine'ti, kif otlék! (allez ma fille, comme je te l’ai consigné..).. celle-ci pose les assiettes sur la table et ramène le plateau à la cuisine. Je ne vais pas te le répéter à chaque fois que j’ai des visiteurs!, insiste tante Me'رyeim; elle est si ravie de notre visite!, observe Badia.

    Tante Meryeim est veuve depuis belle lurette!, elle a accompli une mission inestimable auprès de ses six enfants dont l’aîné à peine dix ans, est tombé dans l’orphelinat avec ses frères et sœurs, tous b'حal dchich!(bambins)

    Mama, maintenant, réchauffée par la présence de sa sœur, se plaint de ses hémorragies, joignant son malheur de malade sans Bonne à celui de sa sœur presque handicapée à cause de ses genoux qui ne supportent pas son poids.. Le médecin a détecté dans mes analyses de sang la présence de l’acide urique!, informe cette dernière.

    Faut arrêter de manger les viandes rouges, خalti!, conseille Badia. Iwa عyiite mèn s'dér d’bibi rroumi.(.j'en ai asseez du blanc de dinde industrielle), se plaint Mimi, c’est fade!, mon problème ce sont mes jambes alourdies, regardez combien elles sont enflées?, Mon fils.., nous rapporte-elle, m’a acheté un appareil de métal blanc à quatre pattes qui m’aide à avancer d’ici à là-bas, pas plus!, heureusement sémssara vient de me dénicher cette fille..; elle ne me plait pas!..confie-t-elle presque aux oreilles de Mama toute facéties face à l’allante et venante.. Elle va toutes les cinq mn aux toilettes, nous apprend Mimi, je ne sais ce qu’elle a, elle m’intrigue avec sa pâleur! ..C’est vrai!, confirme Mama, en tranchant la question, elle a le teint jaune, elle est malade cette fille, pourquoi tu l’as acceptée ya خkhti?!..Un moment de silence et d’échange de regards questionneurs.. Renvoie-la, ya خkhéti l°عziza!,(ma chère sœur!), consigne Mama qui soudain ne veut plus toucher aux gourmandises de خAlti.. wili ya خti?!, et si elle avait une maladie contagieuse?! Mama renchérit avec un exemple sans faille: J’ai eu «Une» une fois que j’entendais éternuer fort et de manière successive dans la cuisine, j’ai eu peur qu’elle me souffle ses microbes sur la nourriture, je l’ai renvoyée aussitôt!, j'ai mis de l'eau de javel fl'f°chfacha (dans un vaporisateur) et j'ai aspergé toute la maison, wili séf°t l’bala عlik!, ordonne-t-elle avec sa moue de dégoût (attention renvoie le microbe).. Silence malaisé.. C’est grave!,renvoie-la!, il faut qu’elle aille se soigner d’abord avant de travailler chez les gens, insiste Mama en ajoutant avec une forte voix à vous faire trembler: Ya'عههa lwile semssara (qu'elle aille au diable cette courtière!), elle amène ces pestes chez les familles!, elle doit aller en prison!, ajoute Mama scandalisée.. Elle me demande en plus de lui accorder le samedi dimanche!, majore خallti excédée par la gravité de la situation.., quand j’ai des visiteurs!,wlidati'(mes enfants!) et leurs enfants, c’est la fin du monde!, clame tante Meرyem..

    Je crois que tu as raison ya خti!, constate خAlti, quelques mintes après, ravisée sur l’urgence de la situation à double tranchant.. Je vais la renvoyer dès demain w’ ajeri عala L’llahe!,(et mon profit à Dieu) se soumet-elle en rappelant: toute miséricorde est accordée à la bonté divine.. Mama ne veut pas pour autant renoncer à sa sollicitation-cause de visite en premier lieu.. Dis à cette semssara ya خéti Mimi, -t-elle demande-t-elle sans confusion, de nous trouver des femmes mures et en bonne santé, pas des jeunes filles malades, nous n'exigeons quand même pas l'expérimentation… (vous entendrez la suite...